Sélection de livres appréciés en 2017

- février 2018


Sélection de livres où la carte est reine — hiver 2017-2018
Noël n’est pas terminé pour qui aime les belles représentations cartographiques !

 

Il semblerait bien que la profusion d’ouvrages de cartographie ou apparentés, amorcée en 2016, n’ai pas faibli en 2017 et c’est tant mieux. Chaque éditeur qui s’est lancé dans le filon a continué ses collections avec parfois, il faut bien le dire, des redites qui commencent à assécher le sujet. Quelques déceptions donc, mais aussi quelques très bonnes surprises. En espérant que 2018 nous réserve encore pléthore d’ouvrages qui tenteront d’initier le grand public à la beauté des cartes et de la science géographique…

 

  • La sélection de Franck Vidal

 

Atlas des paradis perdusAtlas des zones extraterrestres

 

Atlas des paradis perdus

Gilles Lapouge, Karin Doering-Froger, Arthaud, 2017, 25 €

Atlas des zones extraterrestres

Bruno Fuligni, François Moreno, Arthaud, 2017, 25 €

Les éditions Arthaud continuent à décliner leur collection d’atlas (qui n’en sont pas !), que nous avions déjà chroniquée, par deux titres publiés fin 2017 : « Les paradis perdus » et « Les zones extraterrestres ». Comme toujours dans cette collection, une mise en page superbe (à l’ancienne), des textes assez courts, plus proches de nouvelles littéraires que de commentaires géographiques, et des représentations cartographiques qui sont finalement plutôt des œuvres graphiques que des cartes à vocation utilitaire. Mention spéciale d’ailleurs au travail de François Moreno sur l’atlas des zones extraterrestres, principalement inspiré d’images satellites. Si, sur l’atlas des paradis perdus on retrouve des lieux et des thématiques déjà abordées à maintes reprises (en finirons-nous un jour avec Pitcairn ou l’Atlantide ?), l’atlas des zones extraterrestres est un joyeux fourre-tout mélangeant allègrement des pistes d’atterrissage potentielles et farfelues pour les soucoupes volantes, des phénomènes géographiques réellement inexpliqués (tiens, revoilà l’Atlantide !), des emprunts à la Science-Fiction, des lieux d’observation (feu le SETI, Search for Extra-Terrestrial Intelligence)… Bruno Fuligni, à qui l’on doit l’excellent et extrêmement documenté Royaumes d’aventures chez Arènes1, s’est peut-être un petit peu « lâché » sur cet ouvrage. Tant mieux !

 

Atlas des terres indomptées

 

Atlas des terres indomptées

Chris Fitch, Martin Brown, Éditions de La Martinière, 2017, 29 €

Dans la même veine que la collection publiée chez Arthaud, les éditions de La Martinière se sont également lancées dans la déclinaison d’atlas thématiques un peu décalés. Succédant à l’atlas des lieux improbables (dont nous avions déjà parlé en 2016 : http://mappemonde.mgm.fr/selection-de-livres-apprecies-en-2016/), voici « les terres indomptées », sous-titré « À la découverte d’un monde sauvage ». Ici encore des lieux déjà répertoriés dans d’autres atlas, mais une approche peut-être un peu plus descriptive et moins romanesque, accompagnée de photos. La partie cartographique se résume à un fond topographique un peu terne. Quarante-cinq lieux sont décrits dans des chapitres pas toujours cohérents, mais la lecture de ces textes courts et faciles est toujours un voyage intéressant pour le curieux des merveilles du monde.

 

 

Le livre des terres imaginées

 

Le livre des terres imaginées

Guillaume Duprat, Seuil Jeunesse, 2008, 20,90 €

Je suis tombé presque par hasard (merci aux conseils des libraires) sur Le livre des terres imaginées de Guillaume Duprat (Seuil Jeunesse), un très joli travail pour enfants (mais pas seulement !), portant sur les différentes formes prises par la terre dans les grandes civilisations. On retrouve les grands thèmes développés par Leïla Haddad dans son ouvrage Mondes, mythes et images de l’Univers2 (que cosigne d’ailleurs Guillaume Duprat), qui avait été édité en 2008. La très grande et très agréable originalité de l’ouvrage est de présenter un grand nombre de pages animées (pop-up) où il faut soulever des volets, ici pour découvrir l’intérieur de la planète, là pour lire les explications. Guillaume Duprat s’appuie sur des bases cosmogoniques très sérieuses, puisées dans les grandes légendes mais se laisse également aller à quelques fantaisies, par exemple en prenant littéralement au pied de la lettre certains termes passés à la postérité comme la phrase de Christophe Colomb « je trouvais que le monde n’était pas rond de la manière qu’on le décrit, mais de la forme d’une poire… ». Là est le coup de maître de Guillaume Duprat : dans sa démarche, pédagogique et historique, il reprend à sa façon les grandes hypothèses des géographes de différentes civilisations pour les adapter de façon ludique aux regards des enfants. Puisant chez Chen Zi (Premier siècle en Chine), il cite « le ciel ressemble à un chapeau de pluie et la terre à un bol renversé » et représente un bol de porcelaine chinois renversé et qu’il faut soulever pour voir la terre… C’est malin, documenté, superbement illustré par l’auteur.

 

Atlas des géographes d'Orbae

 

Atlas des géographes d’Orbæ

François Place, Casterman, réédition 2017, 49,95 €

À l’occasion des 20 ans de la première publication, les éditions Casterman ont eu la bonne idée de rééditer (non plus en 3 volumes comme originellement, mais en 2) le magnifique travail de François Place sur la Géographie d’Orbæ (plus d’une dizaine de prix littéraires, dont le prix du livre jeunesse de Géographie de Saint-Dié en 1997), non pas un monde imaginaire, mais 26, chacun symbolisé par une carte en forme des lettres de l’alphabet, du pays des Amazones à celui des Zizotls. Puisant çà et là dans l’Histoire, la Géographie, l’Ethnographie, l’Anthropologie et même les légendes mythologiques de notre planète, François Place invente un univers foisonnant, passionnant, et dont les dessins magnifiques de l’auteur viennent admirablement compléter les récits. Une merveille à découvrir ou redécouvrir !

Interview de François Place sur Youtube : https://www.youtube.com/watch?v=oty_eYzoBX4

 

 

Cartes anciennes

 

Cartes anciennes. Un voyage à travers le temps

Kevin J. Brown, Glénat, 2017, 39,95 €

Encore un ouvrage de compilation des cartes ? Reste-t-il encore des cartes anciennes qui n’ont pas été publiées, commentées, valorisées ? Il semble bien que oui avec la publication de ce bel ouvrage aux éditions Glénat qui regroupe 70 cartes ou plutôt planisphères (et là est peut-être l’originalité du livre), de la table de Peutinger aux représentations colonialistes de la fin du XIXe siècle. Si le traitement reste très classique (belle mise en page, priorité à l’image, quelques textes explicatifs et encarts sur les auteurs) ; si l’on retrouve encore et encore les représentations de Bünting (monde en trèfle, 1581) ou le planisphère de Waldseemüller (1507), il est assez étonnant de trouver de très belles représentations peu diffusées dans ce type d’ouvrage jusqu’à présent, notamment dans le chapitre « Cartographie et Sciences » (pp. 114-137) ou dans celui sur la « Vision orientale » (planisphères japonais du XIXe siècle magnifiques !). Ce livre s’inscrit donc en bon complément des nombreux ouvrages déjà édités sur le thème (La grande aventure de la Cartographie, National Geographic ; Cartes d’exception, GEO ; Cartes. Explorer le monde, Phaidon…).

 

 

Atlas du Nouveau Monde

 

Atlas du nouveau monde

Alastair Bonnett, Robert Laffont, 2017, 30 €

Il ne s’agit bien évidemment pas ici d’un atlas des Amériques, le « nouveau monde » étant plutôt à prendre au sens de nouvelles représentations et nouveaux choix dans les informations représentées. À cet égard, l’ouvrage est une vraie réussite : l’utilisation de couleurs acidulées (voir fluo !), le parti pris de fonds noirs aux contours à peine esquissés, mais également les sujets traités (« bouées dérivantes », « impacts d’astéroïdes », « câbles sous-marins »… pas toujours d’une importance capitale, il faut bien le dire) et l’adéquation avec la sémiologie graphique (carte du bonheur en couleurs chatoyantes, de l’empreinte écologique en niveaux de gris…) font toute l’originalité de cet ouvrage. De là à sous-titrer en quatrième de couverture  « l’atlas qui révolutionne notre regard sur le monde », c’est peut-être un tout petit peu exagéré !

Mais la concurrence est féroce dans le domaine depuis quelques années et faire dans l’originalité en matière d’atlas mondial et de représentation cartographique est désormais une prouesse…

 

 

 

PPlanet Geekost-Scriptum : Un dernier clin d’œil pour un ouvrage pas franchement indispensable mais très amusant et qui risque d’intéresser (aussi) les lecteurs de M@ppemonde

Planète Geek

Lonely Planet, 2017, 21 €

Les éditeurs de guides de voyages se lancent à leur tour dans la course aux ouvrages de synthèse plus ou moins géographiques, aux atlas, aux recueils de données grand, voire très grand-public. Lonely Planet a sorti un ouvrage très documenté et bien illustré, sous-titré « 500 destinations incontournables pour les geeks », qui, en réalité renferme beaucoup plus d’informations que le terme péjoratif de « geek » peut le laisser penser : où sont et quels sont les lieux de tournages réels des films d’Indiana Jones ? Quels endroits ont inspiré Stephen King ? Quel est le berceau de l’informatique… ? Autant de lieux insolites, que nous connaissons pourtant tous, qui sont ici localisés et dévoilés en quelques lignes. Oui, la Géographie est partout et ce livre, à feuilleter entre deux avions, c’est aussi un bon moyen de l’aborder… avec le sourire.

 

 

  • La sélection de Laurent Jégou

 

Visual Journalism

 

Visual Journalism: Infographics from the World’s Best Newsrooms and Designers
Javier Errea, 256 p., Gestalten, novembre 2017, 50 €

Le « journalisme d’infographie », qui se développe fortement en lien avec le « journalisme de données », génère une production abondante et disparate, essentiellement dans les quotidiens et magazines. Les ouvrages, tels que celui-ci, offrent donc l’occasion de regrouper et de présenter une sélection d’infographies récentes (nous en avions déjà présenté quelques-uns dans notre précédente sélection). Ici, plutôt que de privilégier une source ou de classer les représentations par sujet, les réalisations sont regroupées par auteur et présentées dans leur contexte, avec des entretiens qui permettent de mieux comprendre les méthodes, les façons de faire, les styles. En outre, ce livre s’ouvre sur une intéressante histoire de l’infographie de presse. Les images géographiques présentées sont variées et originales.

 

 

 

 

Borderline

 

Borderline: Frontiers of Peace
Valerio Vincenzo, 208 p., Lannoo, février 2017, 40 €

Valerio Vincenzo est un photographe italien qui s’est intéressé aux frontières internes de l’Europe, précisément aux traces de ces frontières dans les paysages actuels. Ces traces présentent des formes très variées, de l’absence complète au contraste marqué, en passant par les éléments matériels présentant divers états de décrépitude. 130 photographies sont ainsi présentées dans ce bel ouvrage grand format. La présence de la frontière, souvent à peine suggérée, offre un petit côté ludique aux images, renforcé par un certain humour parfois, la poésie toujours.

 

 

 

 

 

 

Sea Monsters Map

 

Sea Monsters on Medieval and Renaissance Maps
Chet Van Duzer, 128 p., The British Library Editions, 2014, 12 €

Un ouvrage de 2014 réédité ici en couverture souple, dont le sujet est historique : les monstres marins représentés sur les cartes médiévales et de la renaissance. L’auteur est un spécialiste des cartes anciennes, notamment de Martin Waldseemüller. Il nous propose un voyage dans les cartes marines, essentiellement celles de la British Library, des portulans aux atlas colorés du XVIe siècle en passant par la célèbre Carta Marina d’Olaus Magnus (1539/1572). La métaphore du voyage dans les cartes n’est pas exagérée : elles sont le sujet, pas de simples illustrations ! On s’y promène à l’aide d’encarts comme avec une loupe, s’arrêtant ici et là sur le bestiaire qu’elles contiennent. Le ton de l’ouvrage est souvent très léger, on pourra par exemple y trouver de nombreuses anecdotes et histoires légendaires, tout en préservant le sérieux des sources et des commentaires.

 

 

 

 

Les plus grandes aventures du monde

 

Les plus grandes aventures du monde – Explorateurs et explorations
Beau Riffenburgh/Royal Geographical Society-IBG, coffret 176 p. + 40 planches, Heredium, mars 2017, 69 € (beaucoup plus abordable dans sa version originale)

Ce coffret est un véritable coffre au trésor (son titre original en anglais), qu’on pourrait croire tiré des archives de la Royal Geographical Society de Londres. Il s’agit d’un bel ouvrage, présenté en coffret d’une vingtaine de planches libres reproduisant 40 photographies, dessins et gravures en grand format (malheureusement pas de carte). Trente-deux explorateurs et exploratrices du XIXsiècle sont présentés, avec leurs principales aventures, dans une abondante iconographie. On peut ainsi découvrir plus précisément et visuellement les explorations célèbres : de David Livingstone en Afrique à Charcot au pôle, d’Autel Stein sur la Route de la Soie au voyage de l’Astrolabe avec Dumont d’Urville, mais aussi de moins connues tout aussi intéressantes, comme celles de l’archéologue Gertrude Bell en Asie. De quoi faire voyager et rêver depuis son fauteuil !

 

 

 

 

Aventuriers des Mers

 

Aventuriers des mers. VIIe-XVIIe siècle. Catalogue d’exposition
Collectif IMA/MUCEM, 224 p., Hazan, novembre 2016, 29 €

Cette belle exposition, présentée à l’Institut du Monde Arabe entre 2016 et 2017, puis au MUCEM à Marseille, proposait de découvrir les grandes explorations maritimes en Méditerranée et dans l’Océan Indien, entre le VIIe et le XVIIe siècle, à partir de cartes et d’ouvrages, mais aussi d’artefacts, instruments de navigation, objets de luxe ou du quotidien, toujours étonnants, au total plus de deux cent œuvres. Le lecteur intéressé par l’image géographique y découvrira notamment des cartes symboliques arabes et perses tout à fait étonnantes (la figuration étant interdite, le symbolisme quasi abstrait se rapproche ici de l’utilitarisme commercial, tout en préservant la carte comme un objet rare, enluminé et doré).

 

 

 

 

 

Paris Haussmann

 

Paris Haussmann : Modèle de ville. Catalogue d’exposition
Benoît Jallon, 260 p., Éditions du Pavillon de l’Arsenal, février 2017, 39 €

Une autre exposition, cette fois plus moderne, celle consacrée au Paris du baron Hausmann au pavillon de l’Arsenal (le centre d’information de l’urbanisme et de l’architecture de Paris). Contrairement aux expositions précédentes sur le sujet, l’accent est mis ici sur le thème de la modélisation urbaine, de la technique urbanistique : comment le projet hausmannien était sous-tendu par un modèle de ville qui est toujours d’actualité par certains aspects (durabilité, frugalité, économie de moyens et d’énergie…). Les œuvres présentées mettent notamment l’accent sur les aspects graphiques, à la fois à partir de documents d’époque mais aussi, et, c’est ce qui rend très originale cette exposition, à partir de constructions graphiques nouvelles, très actuelles, reprenant le vocabulaire graphique hausmannien pour le décrire, l’expliquer, le tester, mais aussi l’illustrer graphiquement.

 

 

 

 

Atlas des Frontières

 

L’Atlas des Frontières
Bruno Tertrais, Delphine Papin, 140 p., Arènes, octobre 2016, 30 €

Cet atlas s’apprécie à la fois pour son riche contenu, d’une actualité frappante, mais aussi pour la qualité et l’originalité de la présentation de ses illustrations. La cartographie, confiée à Xemartin Laborde (qui officie au service cartographie du Monde, sous la direction de Delphine Papin, mais aussi dans différentes revues et éditions) est particulièrement soignée et expressive, dans le style original de l’auteur qui apprécie les textures, les ombrages, la granularité. La cartographie thématique d’information ne se contente plus des grandes plages vides et monotones.

 

 

 

 

 

People and Places

 

Peoples and Places. A 21st-century atlas of the UK
Danny Dorling, Bethan Thomas, 275 p., Policy Press, mars 2016, 23 £.

Il s’agit de la nouvelle édition mise à jour de cet atlas statistique du Royaume-Uni, à partir des données du recensement général de 2011 et des évolutions depuis celui de 2001. Pour la première fois, toutes les cartes ont été construites selon la méthode du cartogramme de population, une anamorphose (ou déformation) du fond de carte pour tenir compte des comptes de population des unités administratives. Danny Dorling, connu pour son utilisation (et ses inventions) dans le domaine des cartogrammes, propose donc ici une vision exhaustive de la population selon cette modalité cartographique un peu à part. Toutes les cartes sont commentées, les phénomènes décrits et rapprochés. Un outil important pour comprendre l’évolution récente de la population de ce pays, question d’actualité s’il en est.

 

 

 

 

Notes   [ + ]

    Les auteur.es :

    Laurent Jégou

    Université de Toulouse-Jean Jaurès, laboratoire LISST-Cieu

    Franck Vidal

    GEODE UMR 5602/CNRS - Maison de la Recherche Université de Toulouse Jean Jaurès

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