Sélection de livres appréciés en 2016

- janvier 2017


En cette année 2016, les éditeurs se sont bousculés autour des publications « d’atlas » et autres ouvrages grand public liés à la cartographie. Nous vous proposons une sélection des publications qui ont retenu notre attention, certains d’entre-eux feront l’objet d’une recension dans les numéros qui viennent.

  • La sélection de Franck Vidal

 

Atlas Obscura. Joshua Foer, Dylan Thuras, Ella Morton. Éd. Marabout, novembre 2016, 486 p., 29€90

« 650 lieux étranges et merveilleux à explorer ». Ce n’est pas un atlas, mais plutôt un catalogue de lieux, d’anecdotes, très inhabituels et insolites (qu’on ne trouve que très rarement dans les guides de voyage), classés par région et pays partout dans le monde. Un livre (très grand public) à parcourir d’un œil amusé. Très belle iconographie.

 

 

 

 

 

 

 


Mondes. Mythes et images de l’Univers
. Leïla Haddad et Guillaume Duprat. Éd. Seuil, novembre 2016, 140 p.,  29€

Réédition d’un ouvrage paru en 2009, dans une version moins luxueuse (mais très correcte) avec les magnifiques dessins (plus que « cartes ») de Guillaume Duprat. Pour qui s’intéresse à la cosmogonie, c’est un ouvrage passionnant et on ne se lasse pas des interprétations visuelles aussi belles que pédagogiques.

 

 

 

 

 

 

 

Royaumes d’aventures.  Ils ont fondé leur propre État. Bruno Fuligni. Éd. les arènes, mai 2016, 314 p., 24€80

Bruno Fuligni (Historien à Sciences Po) avait déjà publié un « Tour du monde des terres françaises oubliées » où il abordait partiellement ces micro-nations iconoclastes. Ici, à grand renfort d’une excellente iconographie il passe en revue près d’une cinquantaine de républiques, d’états de royaumes aussi minuscules qu’éphémères. C’est passionnant à lire, pas seulement pour les anecdotes.

 

 

 

 

 

 

 

Atlas des pays qui n’existent pas. Cinquante États improbables, non reconnus et largement méconnus. Nick Middleton. Éd. Arthaud, 2016, 232 p., 25€50

Sur le même sujet que l’ouvrage de Bruno Fuligni, l’auteur surfe sur la vague des pays « étonnants », voire étranges, mais avec nettement moins d’assise historique et scientifique. Les textes sont très grand public et l’accent est mis sur la mise en page : pages intercalaires découpées à la forme des pays, style très visuel, typographie travaillée…

 

 

 

 

 

 

Atlas des lieux improbables. À la découverte des curiosités du monde. Travis Elborough et Alan Horsfield. Éd. de La Martinière, octobre 2016, 224 p., 29€

S’il s’agit encore (et toujours !) des mêmes sujets, comme l’indique le titre, les auteurs s’attachent à des lieux très peu abordés avec de jolies cartes très sobres et des photographies noir et blanc dans une édition très « vintage ». Une place importante est faite aux villes et aux lieux véritablement insolites (51 lieux différents).

 

 

 

 

 

 

 

Les curieuses cartes de Vargic. Un atlas du monde moderne. Martin Vargic. Éd. du sous-sol, octobre 2016, 112 p., 29€

Que voilà un bien étrange et intéressant atlas ! Et cette fois il s’agit bien d’un atlas ! L’auteur est plus graphiste que cartographe, notamment en jouant sur un habillage typographique très original. Nul doute que c’est un très gros travail, assez beau (avec des cartes détachables), mais le problème vient de ce qu’il prétend représenter : le monde moderne en s’adressant prioritairement aux « jeunes » (et donc à ce qui est susceptible de les intéresser au plus haut point). On trouve ainsi, pêle-mêle, sous forme de plages de couleurs (assez banales) des cartes de répartition mondiale du « dépucelage », de la « taille du pénis », des « accidents de la route » ou de la répartition des « miss monde ». Parallèlement, les cartes « générales » c’est-à-dire simplement couvertes de noms plus ou moins grands présentent la carte mondiale des jeux vidéo, ou des stéréotypes. On se demande bien qui joue sur les stéréotypes ici ! Au final, il convient d’admirer le travail de Martin Vargic essentiellement pour la démarche graphique plus que cartographique.

 

 

 

Atlas général Vidal-Lablache 1894. Éd. Armand Colin, octobre 2016, 175 p., 35€

Quelle excellente idée d’avoir réédité ce magnifique ouvrage qu’est l’Atlas Vidal-Lablache de 1894 ! Quel régal de retrouver les cartes du « Tonquin » ou de « l’industrie en Europe » ! Rien que la carte double page de « l’Afrique septentrionale et centrale » est un voyage dans le temps dont on a du mal à lever les yeux.

 

 

 

 

 

 

 

 

  • La sélection de Laurent Jégou

 

Where animals go. James Cheshire et Oliver Uberti. Éd. Particular Books, octobre 2016, 174 p., 32€

Un géographe et un concepteur graphique ont eu la très bonne idée de regrouper dans un ouvrage d’une cinquantaine de cartes et d’infographies les découvertes les plus marquantes de la « révolution » technologique récente dans le suivi des populations animales. Le résultat est intéressant à plusieurs niveaux : l’écologie, la biogéographie mais aussi la cartographie et l’utilisation de méthodes infographiques innovantes.

 

 

 

 

 

Revue RELIEFS. Reliefs Éditions, 200 p., 20€

Cette revue, qui comprend quatre numéros en 2016 autour de l’idée des « dernières frontières » (Abysses, Tropiques, Pôles et Galaxies), est une belle découverte pour les amateurs de culture géographique. Dédiée aux « Voyageurs, explorateurs et aventuriers d’hier et de demain », chaque numéro réussit à croiser et mettre en résonance textes et illustrations autour d’un thème principal. On y rencontre des articles de vulgarisation scientifique (de qualité), des interviews, des recensions, des portfolios artistiques, avec une réelle approche pédagogique et le souci d’une image géographique efficace à laquelle M@ppemonde est sensible (nous vous proposerons une recension détaillée dans un prochain numéro).

 

 

 

 

 

Nonstop Metropolis. A New-York Atlas. Rebecca Solnit et Joshua Jelly-Shapiro. Univ. of California Press, septembre 2016, 232 p., 50€

Troisième et dernier Atlas de la série dirigée par R. Solnit (dont nous avions commenté le tome sur la Nouvelle-Orléans), cet ouvrage poursuit l’approche originale et artistique, à partir des territoires vécus, démarrée sur San Francisco. Ces cartes, dessinées par des professionnels, n’en représentent pas moins des thèmes et des visions subjectives, artistiques, de la ville, qui remettent en cause une approche trop dépassionnée et pseudo-objective souvent promue par ailleurs.

 

 

 

 

 

 

Mind the map, creative mapmaking and cartography. Antonis Antoniou (dir.). Éd. Die Gestalten Verlag, 288 p., 45€

Ce grand et beau livre fait suite à A Map of the world (même auteur, même éditeur), paru en 2013. Il fait partie du renouveau d’intérêt pour la cartographie illustrée, que l’on relève depuis quelques années. On trouvera ici une sélection de telles cartes, dans une belle reproduction, des heures de voyage virtuel en perspective.

 

 

 

 

 

 

Explorers’ sketchbooks. Huw Lewis-Jones et Kari Herbet (dir.). Éd. Thames and Hudson, septembre 2016, 320 p., 40€

Voici une spectaculaire collection de carnets de croquis, de notes et de souvenirs d’explorateurs scientifiques. Les auteurs ont fait le choix de la diversité, de formes d’illustration comme de parcours géographiques, ce qui ne réserve pas beaucoup de pages pour chacun des 70 voyageurs rassemblés mais offre une proximité inédite avec leur expérience. L’étonnante qualité et expressivité des croquis de terrain, réalisés à une époque où la photographie était de la science-fiction ou difficile et coûteuse, redonne un peu de noblesse à cet exercice bien connu des géographes, souvent délaissé au profit de techniques plus fidèles mais immédiates et trop peu subjectives.

 


London, the information capital. James Cheshire et Oliver Uberti. Éd. Penguin Books, octobre 2016, 240 p., 30€

Il s’agit de la réédition en couverture souple de l’ouvrage paru en 2014, par le géographe J. Cheshire et le concepteur graphique O. Uberti (déjà cités). En une centaine de cartes, bien exposées par une mise en page moderne, la ville de Londres se donne à voir et à comprendre sous des aspects méconnus ou totalement nouveaux, à partir de données géographiques originales. Cette originalité se retrouve dans les modes de représentation graphique, qui explorent des formes nouvelles ou en dépoussièrent certaines (comme le transect urbain, les semis de points, les traces spatiales, les graphes et les réseaux, les carroyages, etc.). Une source d’inspiration pour tous les cartographes.

 

atlas of design III

Atlas of Design III. Sam Matthews et Marty Elmer (dir). Éd. NACIS, septembre 2016, 90 p., 40€

La troisième édition de cet Atlas publié par l’association des cartographes d’Amérique du Nord (NACIS) nous livre 32 réalisations sélectionnées lors d’un concours ayant reçu 250 candidatures d’une quinzaine de pays. C’est l’occasion de découvrir des réalisations cartographiques d’une très grande qualité, sur des thèmes et selon des méthodes là aussi assez variées. On y retrouve en bonne place, d’ailleurs, des cartes « illustrées » ou illustratives. Les cartes thématiques « scientifiques » sont toujours présentes mais c’est surtout l’aspect artistique qui domine l’impression générale. Un court texte de présentation accompagne chaque carte, nous informant sur le contexte de production mais aussi sur les méthodes employées.

 

NG inforgraphics

National Geographic infographics. Julius Wiedemann (dir.). Éd. Taschen, novembre 2016, 480 p., 50€

Après plusieurs compilations d’infographies de presse (même éditeur), J. Wiedemann nous propose ici une nouvelle somme imposante : une sélection d’infographies publiées par la revue National Geographic au long de ses 128 années d’existence. Les quelques 200 planches, tirées de l’édition originale en anglais de la revue, ont été agrandies (l’ouvrage mesure 40 cm de haut et pèse 4,5 kg), rafraîchies, regroupées par thème (Histoire, planète, hommes, animaux, plantes, technologie, espace) et accompagnées chacune d’une présentation en français. Outre la valeur pédagogique de vulgarisation scientifique de ces illustrations, on apprécie aussi la valeur méthodologique que cet ouvrage représente : une collection de croquis, cartes, dessins, graphiques, images satellites… qui communiquent des idées complexes lisiblement et avec une belle qualité visuelle. L’essai de Nigel Holmes qui débute l’ouvrage (en français lui aussi) retrace l’histoire récente du graphisme d’information.

 

 

 

Estives d'Ossau
Estives d’Ossau, 7000 ans de pastoralisme dans les Pyrénées. Christine Rendu, Carine Calastrenc, Mélanie Le Couédic et Anne Berdoy (dir.). Éd. Le Pas d’Oiseau, novembre 2016, 280 p., 32€

Pour terminer cette liste, un ouvrage imposant, par la somme scientifique qu’il représente comme par son format. Fruit d’un travail pluridisciplinaire démarré il y a une quinzaine d’années, ce livre synthétise les résultats selon une présentation agréable et pédagogique, très abondamment illustrée. La géo-histoire du peuplement des hautes altitudes de cette estive est petit à petit découverte, en croisant les approches, les disciplines, les regards. Belle démonstration de l’efficacité de la pluridisciplinarité, il ouvre aussi la question des représentations sur le temps long des activités humaines, à partir des données partielles et estimées sur lesquelles l’archéologue, le biogéographe et l’historien travaillent souvent.

    Les auteur.es :

    Franck Vidal

    GEODE UMR 5602/CNRS - Maison de la Recherche Université de Toulouse Jean Jaurès

    Laurent Jégou

    Université de Toulouse-Jean Jaurès, laboratoire LISST-Cieu

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