N°113

Le renouveau démographique des campagnes françaises

Depuis les années 1970-1980, il y a un renouveau démographique des campagnes françaises. Le travail de thèse sur lequel s’appuie ce texte avait pour ambition de le montrer, de le confirmer (Kayser, 1989; Bontron, 1993; Talandier, 2007; Laganier et al., 2009; Cognard, 2010; Dedeire et al., 2011), et surtout d’en actualiser et détailler l’analyse.

Plusieurs positionnements ont guidé la définition du renouveau démographique rural comme objet d’étude et la construction de la démarche de recherche associée : réaffirmer l’intérêt de travailler sur les campagnes françaises, développer une lecture moins urbano-centrée des dynamiques rurales contemporaines, s’inscrire dans une approche plus positive des tendances et changements ruraux (Kayser, 1989, 1993; Renard, 2000), se concentrer sur les évolutions et les transformations sociodémographiques, et proposer une analyse géographique diversifiée à travers des études nationales et locales, des évaluations statistiques et des illustrations qualitatives, des représentations graphiques et cartographiques, des constatations territoriales et des approfondissements individuels.

L’orientation problématique de la recherche se situe précisément dans la diversité intrinsèque du renouveau démographique contemporain des campagnes françaises; celle-ci est à chercher dans les inégalités temporelles et spatiales du phénomène, dans ses composantes sociodémographiques et dans les principaux processus ― concomitants et non exhaustifs étudiés dans la thèse (périurbanisation, rurbanisation, néoruralisation, gentrification rurale, développement résidentiel et touristique) ― qui ont contribué au renforcement des reprises rurales dans les années 2000.

Constatations territoriales du renouveau démographique rural en France métropolitaine

La seule représentation cartographique des variations de la population des communes au cours des cinq dernières décennies met bien en évidence l’accroissement significatif du nombre de territoires, notamment à dominante rurale, marqués par des reprises démographiques (fig. 1). La croissance majoritaire des centres urbains à la fin des années 1960 ― à l’exception de Paris, Lyon ou Bordeaux, déjà engagés dans une phase de périurbanisation ― a laissé place au développement périphérique des grandes agglomérations durant les années 1970-1980. La tendance s’est poursuivie et accentuée dans les années 1990 et 2000, par la généralisation des extensions périurbaines autour des villes moyennes et des petits pôles urbains. L’originalité de la dernière période tient aussi à la croissance retrouvée de bon nombre d’entités rurales, et ce même parmi les plus petites communes et celles éloignées des entités urbaines; en définitive, des campagnes variées de l’ouest, du sud et du centre du pays ont enregistré les principales reprises démographiques rurales.

1. Évolutions démographiques, migratoires et naturelles des communes françaises métropolitaines depuis les années 1960

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En outre, ce sont essentiellement les dynamiques migratoires qui ont façonné les tendances démographiques successives des territoires français, et en premier lieu le renouveau rural contemporain. Une large majorité des communes rurales a retrouvé des soldes migratoires positifs ― du fait de moindres départs et d’installations résidentielles plus nombreuses ― qui sont le signe d’échanges de population entre villes et campagnes de plus en plus favorables aux territoires ruraux. La géographie nationale des variations de la population dues aux soldes naturels est de son côté restée assez stable depuis les années 1960; elle souligne avant tout la persistance de différentiels nord/sud et urbain/rural dans l’évolution de la natalité et de la mortalité en France métropolitaine.

Trois terrains d’étude ont été utilisés tout au long de la thèse pour mener différentes analyses locales des évolutions et transformations sociodémographiques en France rurale; les communautés de communes sélectionnées sont situées au sud-ouest des Alpes-de-Haute-Provence (terrain 1), au sud-ouest de la Haute-Vienne (terrain 2), et à cheval sur le Tarn et l’Hérault (terrain 3). L’étude de l’évolution des soldes démographiques communaux dans ces territoires à dominante rurale confirme la tendance au renouveau des campagnes françaises portée par l’accroissement de leur attractivité résidentielle, tout en révélant des contrastes régionaux et certaines spécificités locales (fig. 2).

2. Évolutions démographiques des communes membres et voisines des trois terrains d’étude depuis les années 1960

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Les territoires d’étude donnent à voir des reprises démographiques inégales : plus ou moins précoces, intenses et/ou homogènes. Le terrain provençal représente le plus anciennement concerné par des croissances rurales significatives; elles sont dues à la proximité de la vallée de la Durance et de Manosque, à l’affirmation interne d’un pôle rural dynamique (Forcalquier) ou encore à l’attractivité générale de la région. Les reprises démographiques en terres limousines ont été moindres et bien plus tardives; les explications des croissances partielles sont ici à chercher dans l’influence lointaine de Limoges, dans la position d’entre-deux de la zone ― entre Limoges, Angoulême et Périgueux ―, et dans l’installation permanente et occasionnelle de certaines populations (Britanniques, retraités). Enfin, le dernier cas d’étude révèle des dynamiques démographiques différenciées depuis les années 1990, entre l’est et l’ouest de ce territoire de moyenne montagne; la valorisation touristique de certains villages, la meilleure accessibilité routière ou au contraire l’isolement recherché d’autres communes sont autant d’explications de la reprise démographique de la partie orientale héraultaise.

Approfondissements individuels des installations résidentielles dans les campagnes françaises

Préambule nécessaire à une étude nationale et locale du renouveau démographique rural, les constatations territoriales ont été surtout suivies par le développement d’analyses variées des migrations et mobilités résidentielles vers les campagnes françaises. Par approfondissements individuels, il faut en effet entendre l’attention centrale qui a été donnée à une étude individualisée des nouvelles populations rurales, à leurs profils et leurs motivations, et aux processus dont elles sont parties prenantes.

Ouvrant l’analyse à des approches plus spécifiquement démographiques et sociologiques, il s’agissait ainsi d’appréhender le renouveau démographique rural «à la racine», par l’unité de base des dynamiques migratoires toujours plus positives au sein des campagnes françaises.

Ce principe de travail a été mis en œuvre pour les quantifications statistiques, nationales et locales, comme pour les exemplifications tirées des trois études de territoires. Plusieurs sources statistiques ― principalement les fichiers détail du recensement de la population depuis celui de 1968 ― ont été ainsi mobilisées pour examiner le profil des individus et groupes acteurs des reprises démographiques rurales : selon les âges, les types de ménages, les catégories socioprofessionnelles détaillées, les trajectoires résidentielles, les lieux de naissance, les types de logements choisis ou les nationalités des étrangers. Concernant les enquêtes de terrain, différents entretiens semi-directifs ont été menés auprès d’acteurs locaux, de personnes ressources, de professionnels du marché immobilier et de nouveaux résidents notamment retraités; l’objectif était en particulier de recueillir des éléments d’interprétation des tendances démographiques et migratoires locales, à travers le prisme privilégié d’histoires et de trajectoires résidentielles individuelles.

Bibliographie

BONTRON J.-C. (1993). «La reprise démographique confirmée». In KAYSER B., dir., Naissance de nouvelles campagnes. Paris, La Tour d’Aigues: DATAR, Éd. de l’aube, p. 23-36. ISBN: 2-87678-120-4

COGNARD F. (2010). «Migrations d’agrément» et nouveaux habitants dans les moyennes montagnes françaises: de la recomposition sociale au développement territorial. Clermont-Ferrand : Université Blaise Pascal, thèse de doctorat en géographie, 528 p.

DEDEIRE M., RAZAFIMAHEFA L., CHEVALIER P., HIRCZAK M. (2011). «Dynamiques des espaces ruraux en France vers un modèle des trajectoires démographiques?», Espace, populations, sociétés, vol 29, n° 3, p. 521-537.

KAYSER B. (1989). La renaissance rurale : sociologie des campagnes occidentales, Paris: Armand Colin, 316 p.

KAYSER B. (1993). «Des campagnes vivantes» In KAYSER B., dir., Naissance de nouvelles campagnes. Paris, La Tour d’Aigues: DATAR, Éd. de l’aube, p. 23-36. ISBN: 2-87678-120-4

LAGANIER J., VIENNE D. (2009). «Recensement de la population de 2006. La croissance retrouvée des espaces ruraux et des grandes villes». INSEE Première, n° 1218, 6 p.

RENARD J. (2000). «Plaidoyer en faveur des recherches sur les campagnes vivantes». In CROIX N., dir., Des campagnes vivantes - un modèle pour l'Europe? Mélanges offerts au professeur Jean Renard, Rennes: Presses Universitaires de Rennes, p. 679-685.

TALANDIER M. (2007). Un nouveau modèle de développement hors métropolisation, le cas du monde rural français. Paris: Université Paris 12, thèse de doctorat en urbanisme et aménagement, 479 p.

Référence de la thèse

PISTRE P. (2012). Renouveaux des campagnes françaises: évolutions démographiques, dynamiques spatiales et recompositions sociales. Paris: Université Paris Diderot - Paris 7, thèse de doctorat en géographie, 407 p. (consulter).