N°108

Les fragmentations d’un territoire fortifié: Briançon à l’épreuve de sa labellisation

Entre démilitarisation et labellisation UNESCO, quelle cohérence patrimoniale pour quelle intégration territoriale?

Les fortifications de Briançon sont classées au patrimoine mondial de l’UNESCO au titre des biens culturels depuis le 7 juillet 2008 (fig. 1a et 1b). Site emblématique dans le réseau Vauban, Briançon interroge le géographe en tant que forme de territoire spécifique bâtie autour de fortifications successives. La verticalité montagnarde imprime ici un niveau de complexité supplémentaire.

1a. Les fortifications de Vauban classées au Patrimoine mondial 1b. Extrait de la page consacrée aux fortifications de Vauban sur le site de l’UNESCO
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De nombreux défis se posent aujourd’hui en termes de cohérence territoriale. L’obtention du label met en lumière les difficultés liées à l’intégration urbaine de l’espace fortifié de proximité et la nouvelle donne dans le jeu des acteurs (Brunet, 2004). Pour ce territoire frontalier, l’ensemble est à considérer sur fond de démilitarisation. Dans un contexte de centralités multiples liées à l’histoire urbaine et militaire (ville basse, ville haute, boucle; fig. 2) (Routier, 1981) et à une démultiplication des fonctions, cette ville de 12 000 habitants est, par ailleurs, limitée dans sa capacité d’action par un fort niveau d’endettement.

2. L’inscription de l’appareil militaire hérité dans un espace frontalier

À trois semaines d’intervalle, en juillet 2008, les couvertures du quotidien local Le Dauphiné Libéré semblent renvoyer face à face la conquête du label (fig. 3a) et la dissolution du Centre national d’aguerrissement en montagne (CNAM) (fig. 3b). En fait, la labellisation distingue un fragment de l’espace briançonnais limité au seul ensemble Vauban. Loin d’être une fin en soi, elle révèle de nouveaux enjeux. En effet, ce fragment spatial constitue une forme d’échantillon qui condense et exacerbe les différentes questions: accessibilité aux sites, mutations foncières, cohérences territoriales sont autant d’épreuves pour la ville dans sa gestion des fortifications.

3a. Une du Dauphiné Libéré du 8 juillet 2008 3b. Une du Dauphiné Libéré du 25 juillet 2008

Cet article propose, par une approche modélisée et la réalisation de cartogrammes, de discuter de la pertinence territoriale du périmètre défini par la labellisation. Alors que François Taulelle (2008) interrogeait le sens militaire de l’espace fortifié, il s’agit ici d’appréhender les nouvelles donnes territoriales et d’exprimer, sous forme chorématique, les processus à l’œuvre. À travers une analyse multiscalaire, d’éventuelles discontinuités spatiales (Gay, 1995) ou, au contraire, de nouvelles synapses peuvent être identifiées. À l’échelle de la traversée comme du secteur fortifié, le territoire briançonnais est construit autour de fonctions nodales. Différentes formes d’accessibilité s’emboîtent et les logiques circulatoires sont ainsi une entrée privilégiée pour saisir les enjeux liés à la patrimonialisation (Amirou, 2000; Babelon, Chastel, 2000; Choay, 1992).

Pour présenter les résultats à travers un cheminement graphique, la démultiplication des sites et l’éclatement des lieux sont traités de manière à exprimer les trajectoires fonctionnelles et actorielles du périmètre labellisé. Les enjeux de la cohérence territoriale apparaissent alors associés à la recomposition de l’appareil fortifié, tandis que s’opère une bifurcation du système spatial (Collectif, 2000). La réinvention de l’accessibilité apparaît dès lors comme une des clés de l’intégration de l’espace labellisé.

Accumulation des systèmes fortifiés et concentration patrimoniale: les trajectoires territoriales du Briançonnais

L’espace Vauban et l’intégration de lieux éclatés

Les représentations courantes assimilent volontiers le Briançonnais à une périphérie enclavée et peu dynamique dans l’espace français (Parthenay, Vermeulen, 2003; Sutton, 2004). La densité de l’appareil militaire hérité en dit pourtant long sur la valorisation d’une situation frontalière longtemps stratégique. L’ensemble est à l’origine d’un système cohérent issu du traité d’Utrecht de 1713. Il plaçait le pied de col(s) (Chamussy, 1968; Bernier, 2005 et 2007) au centre d’un dispositif stratégique plusieurs fois réapproprié (Bernier, Sutton, 2011). Alors que cet héritage est au cœur de la labellisation et de la mise en tourisme, ce territoire de montagne est animé par des dynamiques d’éclatement (fig. 4). La labellisation UNESCO est, quant à elle, concentrée sur l’espace Vauban (redéfini autour de la Vieille Ville et de son environnement immédiatement accessible: fort des Salettes, fort des Têtes, Communication Y). Une nouvelle logique semble prévaloir, qui propose des solutions de continuité au sein de l’espace fortifié historique. Le caractère sélectif de l’appropriation (Guillaume, 1990; Poulot, 1998) doit d’abord aux dynamiques touristiques centrifuges. Il accentue l’aspect apparemment décousu de l’espace briançonnais. Dans ce contexte, la place de l’appareil fortifié, conçu à l’origine dans une logique de terminaison territoriale, est mise à l’épreuve (Boyer, 1997). La frontière, hier enjeu de contrôle et de fermeture (Lacoste, 2002), est désormais réinventée depuis les espaces touristiques d’altitude (Montgenèvre et Serre Chevalier). L’exemple le plus abouti de cette évolution est le développement du domaine skiable transfrontalier de la Voie Lactée (Via Lattea en italien), réalisé autour des sites de Montgenèvre, Clavières et Sestrières. Loin de l’image d’immobilisme, le Briançonnais cherche aujourd’hui à intégrer ces espaces du militaire dispersés à l’échelle intercommunale. La conférence des Hautes Vallées, organe de coopération transfrontalière créé en 2000 sous l’égide de programmes INTERREG, identifie aussi cette intégration comme un des objectifs de son action.

4. Les dynamiques d’éclatement d’un territoire de montagne

Redéfinition et réorganisation de l’espace du militaire

L’éclatement des lieux (Gravari-Barbas, Violier, 2003) peut apparaître comme une manifestation de la dynamique de repli de l’espace du militaire (fig. 5). L’identification d’un territoire briançonnais tient, en effet, en grande partie à l’organisation militaire de la frontière alpine. Dans sa dernière expression active (à la veille de la bataille des Alpes de juin 1940), cette organisation reposait sur un emboîtement de systèmes défensifs. Le Briançonnais constituait un sous-secteur de l’ensemble défensif Dauphiné, relié aux sous-secteurs du Queyras et de Maurienne par la route des Alpes (alors encore caractérisée par sa fonction militaire). La structure défensive a été ainsi construite en différentes phases de fortifications, agencées autour d’un noyau «Vauban», lui-même centré sur la ville haute. La cohérence de cet agencement cumulatif a d’abord répondu à des impératifs balistiques. Le principal fait d’armes de juin 1940, qui a conduit à la destruction du fort du Chaberton (fig. 6), en est une parfaite illustration.

5. Le basculement d’une fonction militaire vers une valorisation patrimoniale: phases et logiques d’une bifurcation territoriale 6. Le système fortifié: l’organisation du territoire autour de la stratégie défensive
6. La cohérence de cet agencement cumulatif répond à des impératifs balistiques. Au cœur de ce dispositif, le Chaberton fait figure de point focal. Doté, à 3 000 m d’altitude, de huit tourelles de tir, le «fort des nuages» symbolisait à la fois la menace (tir d’appui d’une éventuelle offensive italienne) et l’objectif majeur pour l’artillerie française.

Cette organisation traduit la recherche permanente d’une politique d’interdiction. Si le dispositif Séré de Rivières visait à interdire les lignes de crête, les réalisations Maginot ont recherché l’interdiction de la tête de pont. Ces dernières (Buffère, Janus, Aittes) ont modernisé la structure «en épi» (ensembles fortifiés cohérents de Granon, Croix de Bretagne, Gondran) issue de la seconde moitié du XIXe siècle. Ces épis permettaient de protéger, par les hauteurs et les versants, le noyau Vauban (forts des Têtes, des Salettes, du Randouillet). Cet état d’agencement cohérent pourrait être qualifié de synchorique. La synchorie est ici entendue comme l’empilement de séquences où la pensée de l’espace prévaut indépendamment des conditions de leur mise en place historique. La montagne briançonnaise s’est ainsi trouvée au cœur d’un processus de synchorisation à l’origine d’un lieu du militaire plus que d’un territoire militaire. Cette synchorisation de l’ensemble défensif dépendait de son animation fonctionnelle. Or, la démilitarisation de la frontière consécutive au traité de Paris (1947) marque le début d’un repli qui trouve son accomplissement dans les dissolutions du 159e Régiment d’infanterie alpine en 1994 et du Centre national d’aguerrissement en montagne en 2009 (fig. 5). Dans ce contexte, la réappropriation territoriale pouvait sembler passer par la patrimonialisation et la mise en tourisme de l’appareil fortifié. Or, les redéfinitions foncières et les trajectoires fonctionnelles s’inscrivent dans des dynamiques contraires. L’espace Vauban, (ré)inventé par le processus de labellisation, en offre une illustration emblématique.

La labellisation: une valorisation sélective

La labellisation UNESCO a donné une visibilité très forte au patrimoine militaire, mais elle lui impose d’autres défis dans sa réinvention fonctionnelle. L’identification de Briançon à l’appareil Vauban est ancienne, mais son appropriation par les acteurs municipaux paraît récente. La création en 1990 d’un service du patrimoine s’inscrit dans une phase d’institutionnalisation dont les deux points forts sont les classements aux titres de monument historique (1986) et de ville et pays d’art et d’histoire (1990). Une première phase de proto-patrimonialisation avec les gravures (Guide Joanne, 1879) et les affiches (XXe siècle; fig. 7, 8 et 9) avait préparé ce tournant. Celles-ci se plaisaient à associer la silhouette de la ville à la forme dessinée par les forts des alentours. L’exposition «Vauban, bâtisseur du Roi Soleil» (du 13 novembre 2007 au 5 février 2008, Cité de l’architecture et du patrimoine, Palais de Chaillot, Paris) ne s’y est pas trompée quand elle a sélectionné l’affiche de Trinquier-Trianon (fig. 7; Ballu, 1998) comme signe fort dans la représentation de Briançon. Quand la Vieille Ville est devenue Cité Vauban en 1963, le conseil municipal a d’ailleurs validé une reconnaissance patrimoniale de la partie urbanisée de l’ensemble Vauban.

7. Affiche pour le PLM
(Trinquier-Trianon, vers 1900)
8. Affiche pour le PLM
(Géo François, 1927)
9. Affiche pour la SNCF
(J.R. Poissonnié, vers 1950)
  Le cadrage proposé par Géo François (Ballu, 1998, p. 41) permet d’appréhender l’étagement des fortifications depuis la route du Lautaret. Le travail de composition de J.-R. Poissonnié offre un condensé «d’objet symboles» du Briançonnais touristique. Le pont d’Asfeld et le fort du Château sont érigés comme les emblêmes caractéristiques d’un territoire. Cette composante militaire proto-patrimonialisée s’inscrit en fond dans une perspective ouverte par le «plus long téléphérique du monde», celui de Serre Chevalier (inauguré en 1941).

La redéfinition des fonctions militaires et la mise en tourisme de sites anciennement militaires peuvent alors apparaître comme une occasion de réaménagement urbain dont le rythme est tributaire du transfert des propriétés militaires au civil. Le caractère sélectif et partiel de ce transfert est lui-même lié aux réformes d’échelle nationale et aux processus d’appropriation locale. De fait, seule la Vieille Ville et les forts directement accessibles (forts des Salettes et des Têtes) bénéficient d’une validation patrimoniale. Dès lors, le constat qui s’impose est celui d’une fragmentation de l’espace Vauban. Entre des périmètres non encore dépollués et toujours non (légalement) accessibles (fort Dauphin) et des formes de patrimonialisation plus abouties (forts Maginot du Janus ou du Gondran E), l’ensemble défensif du Briançonnais est bel et bien morcelé. Le niveau d’implication de l’acteur municipal est un révélateur significatif. Les cas de figure sont multiples: gestion directe par un service municipal (Cité Vauban, fort des Têtes), gestion déléguée auprès d’associations comme le «club du Vieux Manoir» (forts des Salettes et du Château) ou «À la découverte de la fortification alpine: de Vauban à Maginot» (Gondran E), simple propriété sans action de valorisation (fort d’Anjou), ou encore propriété privée… Cette situation concourt à des différentiels marqués dans les régimes de visibilité qui, selon Lussault (2003), constituent «un processus clef dans le fonctionnement des sociétés [...] où le besoin de rendre visible l'action légitime sur l'espace légitime pousse à instrumentaliser sans cesse l'espace matériel».

La recomposition de l’appareil fortifié: un projet de territoire?

Quel régime de visibilité pour les substances patrimoniales?

10. Sur les traces de Vauban «Montagne découvertes à Briançon» (Campagne publicitaire, 2010)
L’angle choisi pour le cadrage de la photographie centrale focalise l’intérêt sur la seule Cité Vauban. Le jeu d’éclairage laisse le reste des forts Vauban (forts des têtes et du Randouillet) dans l’ombre, lorsqu’ils ne sont pas absents (Salettes et Dauphin). Seul site mis en tourisme tout au long de l’année, la Cité Vauban accapare la visibilité de la ville jusque dans son logo.

Des anciennes affiches dessinées aux supports de communication actuels, l’image offerte aux visiteurs comme aux Briançonnais est celle d’une profusion d’objets «forts». L’objet «fort» est ainsi substitué au système «fortification». Cette dynamique est toujours à l’œuvre aujourd’hui au travers des différentes formes de publicité qui visent à promouvoir la ville. Largement diffusée à l’échelle nationale (TGV Magazine, hebdomadaires, affichages dans le métro parisien, sites Internet du département et de la ville, etc.), la récente campagne «Sur les traces de Vauban. Montagne découvertes à Briançon» en est un exemple probant (fig. 10). Si la cohérence de l’ensemble hérité peut être exprimée à travers des systèmes complexes (Dauphine, 2003), la patrimonialisation s’accompagne désormais d’une survalorisation du bâti. La figure 5 illustre ce processus de renversement et d’éclatement en associats patrimoniaux. Il faut comprendre l’associat patrimonial comme un élément distinct de l’espace patrimonial de référence, mais relié à celui-ci dans ses structures ou par ses symboles. Là où prévalait la complémentarité verticale des espaces fortifiés dans la situation initiale, la valorisation patrimoniale de l’appareil s’est peu à peu caractérisée par une fragmentation spatiale.

Pour décrire à la fois ces changements dans le régime de visibilité et le phénomène de déviation du système territorial, nous proposons le terme de diffraction. Ainsi, la dynamique de patrimonialisation peut être considérée comme diffractive quand s’exprime un potentiel de discrétisation territoriale.

Le recentrage sur l’artefact est la première étape d’une diffraction du système fortifié dans son ensemble. Selon que les éléments fortifiés sont réhabilités ou abandonnés, leur empreinte visuelle est bien sûr plus ou moins sensible. Parmi les forts réappropriés, celui des Salettes se distingue par les aménagements retenus et le jeu des acteurs impliqués. Investi depuis 1978 par le club du Vieux Manoir qui y abrite des chantiers de jeunes chaque été, il a fait l’objet de nombreux travaux de nettoyage de la végétation et de mise en sécurité des murs. En surplomb du Champ de Mars, il est éclairé la nuit et devient alors la pièce la plus visible. À l’inverse, le Randouillet semble sortir du spectre de visibilité. Envahis par une végétation qui endommage ses bâtiments, les murs ne sont plus entretenus et menacent par endroits de s’ébouler. Une partie du mur d’enceinte s’est d’ailleurs effondrée, laissant un accès libre par le bas du fort, ceci en contradiction évidente avec l’interdiction rappelée par de nombreux panneaux. La déprise fonctionnelle de l’espace du militaire s’exprime donc de façon différenciée selon les sites. Là où la friche du Randouillet témoigne d’une logique d’abandon, le site de projet des Salettes illustre une forme de réinvention fondée sur la déprise comme opportunité.

La diversification des acteurs face à des enjeux multiscalaires

11. Les fortifications de Vauban. Sentinelles des limites territoriales

La bifurcation du système spatial n’est pourtant pas réductible à la phase de basculement illustrée par la figure 5. Il ne s’agit pas non plus d’un simple passage de témoin qui verrait se substituer un acteur (d’ordre militaire) à un autre (d’ordre civil). Chacune des dynamiques a sa propre temporalité et s’exprime au-delà de l’échelle définie dans le cadre briançonnais. Le rythme de la déprise militaire est ainsi tributaire d’un calendrier national imprimé par les évolutions de la politique française de défense.

La dissolution du 159e Régiment d’infanterie alpine (1994) et la fermeture du Centre national d’aguerrissement en montagne (2009) suivent des réformes inspirées par les livres blancs sur la Défense publiés enm 1994 et à l’été 2008. Les phases de réhabilitation des forts, ancrées dans une politique de compensations, sont aussi redevables de politiques nationales. Par exemple, un contrat de redynamisation des sites de défense (CRSD) sur les communes de Briançon, Aiguilles et Névache, porté pour l’État par le secrétariat d’État à l’Aménagement du territoire a été engagé en juillet 2009. Il est censé redynamiser le «Grand Briançonnais à travers des projets de réhabilitation / reconversion» qui ciblent tout particulièrement des sites sur la commune de Briançon (caserne Berwick et fort des Têtes; fig. 4). Les scénarios de travail privilégient les destinations événementielle et patrimoniale, avec même, pour le fort des Têtes, l’hypothèse d’un aménagement en centre de congrès !

12. L’ensemble Vauban: lieux clés et logiques circulatoires

Cette démarche est à comparer avec celle entreprise par la ville de Briançon elle-même. La propriété foncière se trouve éclatée dans l’ensemble fortifié, ce qui dessine des formes multiples de cospatialités (Lévy, 1999). La municipalité est, ici, désormais un acteur de plein droit, avec notamment la commercialisation de forts dont elle était encore propriétaire. Cet éclatement foncier tranche avec l’unité affichée par le label Vauban. Lui aussi s’inscrit dans une logique nationale comme le rappelle la carte proposée sur le site Web du réseau (consulté en décembre 2010). Comment ne pas voir là une évocation infralinguistique du pré carré français («sentinelles des limites territoriales»; fig. 11)?

La bifurcation territoriale décrite plus haut se caractérise donc par un partage entre des acteurs multiples aux ambitions divergentes. Or, le réseau de pistes et de routes demeure, lui, pour l’essentiel militaire. Dans l’entre-deux-guerres, puis surtout dans les décennies 1970 et 1980, les voies de circulation entre les différents édifices ont été peu à peu modernisées. Mais en raison du repli des activités militaires (devenues d’instruction et d’entraînement plus que défensives), le réseau utile s’est peu à peu recentré autour du Champ de tir (fig. 12) à la fois porte et nœud du nouvel espace Vauban. Cette absence de transfert au civil est bien le signe d'une démilitarisation incomplète. Au final, ce processus apparaît auto-alimenté (Offner, Pumain, 1996) par des effets d’opportunités foncières propres à redéfinir la valeur absolue des objets «forts» (friches) en une valeur relative (patrimoines). Mais cette valeur relative est plus que jamais dépendante de l’accessibilité des sites et de leur position dans le système.

La réinvention de l’accessibilité et ses limites: vers une intégration de l’espace labellisé?

La gestion du stationnement: interfaces urbaines et accessibilité touristique

13. Panneau informatif pour la circulation et le stationnement à la périphérie de l’espace labellisé

La  couleur du panneau — le bleu — fait écho au marketing territorial qui se plaît à décliner le bleu de l’Oisans comme «le plus beau ciel de France». Les deux «V» en perspective, eux aussi en bleu, projettent l’idée de l’épaisseur historique (comment ne pas voir ici un écho à la une du Dauphiné libéré, fig. 3a?). La Cité Vauban est ici explicitement associée à l’idée de centre historique. En raison de «difficultés de circulation et de stationnement», et non d’une volonté affichée de restriction, le même panneau conseille aux visiteurs de préférer les parkings périphériques. Une distinction est enfin opérée pour les camping-cars, obligés de se reporter en périphérie basse de la ville au niveau du Parc des Sports.
(parking Champ de Mars, cliché: 28/05/2010, X. Bernier)

L’offre en stationnement constitue la base d’une accessibilité brute qui ne saurait rendre compte complètement du fonctionnement et du niveau d’intégration de l’espace labellisé. D’un strict point de vue quantitatif, les parkings du Champ de Mars (300 places) et de la Schappe (fig. 12) ont des capacités cumulées significatives (près de 400 places), auxquelles il faut ajouter (avec près de 200 places) celles de la place Galice Bey et des remparts (J. Freund et Blanchard). Seuls ces derniers et le Champ de Mars sont payants pendant les vacances scolaires d’hiver et d’été. Cela s’explique par la plus grande proximité de la Cité Vauban, principal pôle touristique de la ville.

Il y a là une première discrimination spatiale pour aborder l’accessibilité nette également redevable de leur position dans la politique d’aménagement de l’ensemble. Nous appellerons ici accessibilité nette la capacité de stationnement effective, organisée par les opérateurs publics ou privés, intégrée à l’espace aménagé par un ensemble de cheminements balisés et à une distance-temps jugée acceptable par l’usager. L’enjeu pour la ville est bien sûr de minimiser les conséquences de l’attractivité saisonnière de la Cité Vauban sur la circulation automobile, en particulier dans l’entre-deux urbain que sont la Chaussée et son rond-point d’accès bas (rond-point de la place de l’Europe). La municipalité encourage donc les touristes à stationner dans la ville basse, autour de l’ensemble Galice Bey-Schappe. Un des moyens retenus a été la mise en place de navettes saisonnières vers la ville haute.

Cette carte du stationnement s’inscrit dans la bipolarisation historique de l’espace urbain entre la ville haute et la ville basse. Elle montre qu’«on ne peut définir l’accessibilité en soi, car le seuil de déclenchement qui fait que l’accès d’un lieu à partir d’un autre va être jugé possible ne peut être défini hors contexte» (Lévy, Lussault, 2003). Appréhender l’accessibilité nette, c’est donc mettre la mobilité au centre d’un dispositif fonctionnel susceptible de valider politiquement le périmètre labellisé. Les parkings, éléments fixes du système, apparaissent comme des outils d’intervention politique davantage que comme des infrastructures de stationnement. «Dans tous les cas, l’accessibilité définit une carte des virtualités de déplacement, qui englobe les déplacements réalisés et un grand nombre d’autres. La prise en compte des relations entre le virtuel (accessibilité) et l’actuel (déplacements) constitue une des manières d’aborder le concept de mobilité.» (Lévy, Lussault, 2003). Les parkings deviennent aussi des lieux privilégiés pour décrire et représenter l’espace (Micoud, 1991). Une charte graphique a été ainsi développée et contribue aussi à la délimitation du périmètre.

À l’occasion de l’obtention du label, la municipalité a ainsi élaboré des panneaux (fig. 13) qui augmentent la visibilité du centre patrimonialisé. Cette politique relève tout autant d’un choix fonctionnel que d’image (Offner, 1993). Le parking du Champ de Mars se présente, en effet, comme une sorte d’avant-porte de la Vieille Ville (fig. 12), qui précède dans le cheminement piéton la porte monumentale de Pignerol, expression physique de l’entrée dans l’enceinte.

Le cheminement comme mode patrimonial alternatif

14a. Le sentier des forts

Site de Briançon; copie d’écran du 09/02/2011

Plus encore que le réseau, c’est la fonction circulatoire et la somme des trajectoires parcourues qui vont valider le système d’ensemble. La piétonisation de la Vieille Ville tend à extérioriser les portes dans la chaîne d’accès à l’ensemble Vauban. L’enjeu du stationnement est d’inventer des synapses là où des terminaisons et des discontinuités semblaient s’imposer. Leur validation par les cheminements vaut signature d’un processus de construction territoriale (Dupuy, 1988; Frybourg, 1987; Plassard, 1992). La fermeture persistante de la route militaire entre Fontchristiane et le Champ de tir (fig. 12) impose à l’échelle de l’espace labellisé une stratégie de valorisation des modes doux. Une signalétique spécifique valide cette forme alternative de patrimonialisation. Dans ce contexte, les forts, qui ont concentré l’intérêt patrimonial au cours des dernières décennies, sont confrontés au paradoxe lié à la mutation foncière. Certes, l’acteur civil a pu se les approprier légalement, mais il n’est pas en mesure d’en offrir un accès sécurisé et durable. Cela pousse la municipalité à fermer ces sites plus encore qu’ils ne l’étaient, et à privilégier en retour une revalorisation des réseaux hérités. Durant l’été 2010, le site Internet de la ville de Briançon accueillait ainsi ses visiteurs par la promotion d’un sentier-découverte susceptible, par un cheminement bien identifié (nom et itinéraire), de mettre en réseau les supports hérités (fig. 14a). L’hiver suivant, le site Web mettait en avant une autre offre de circuit-découverte (en raquettes celui-ci) de «la barrière fortifiée du XVIIIe siècle et du fort des Têtes» (fig. 14b). Dès lors, le parcours de l’espace fortifié est une forme de substitution à l’ouverture des objets patrimonialisés qui le composent (Pinçon, Pinçon-Charlot, 2001). Le recours aux sentiers marque bien une réorganisation de l’espace fortifié, qui se retrouve de nouveau polarisé par la Vieille Ville. Cette situation conduit à la mise à l’écart des objets de l’appareil Séré de Rivières et à un recentrage patrimonial sur l’espace labellisé. Il nous oblige à nous interroger sur sa place dans l’espace urbain.

Le processus de patrimonialisation: de l’espace urbain au(x) territoire(s) transfrontalier(s)

Qu’il s’agisse du projet de réhabilitation de l’usine de la Schappe (mis en échec par le retrait des investisseurs britanniques initialement engagés), ou encore du projet avorté de téléphérique depuis ce même site vers le fort du Randouillet (lui-même envisagé en hôtel de luxe!), le patrimoine militaire a servi de support à une somme d’utopies urbaines. Ces échecs mettent en évidence un faible niveau d’appropriation dans le registre de la quotidienneté. Ainsi l’espace fortifié n’est ni investi par des formes d’activités économiques ou un habitat permanent, ni par des aménagements dédiés aux loisirs. Or, la quotidienneté est la «dimension latente de la territorialité» (Raffestin, Bresso, 1982). Entrée incontournable pour aborder Briançon dans sa dimension sociétale (Brunet, 2004; Di Meo, 1994), la territorialité peut se définir ici comme «l’ensemble des relations qu’une société entretient non seulement avec elle-même, mais encore avec l’extériorité et l’altérité, à l’aide de médiateurs, pour satisfaire ses besoins dans la perspective d’acquérir la plus grande autonomie possible, compte tenu des ressources du système» (Raffestin, 1997).

14b. Circuits raquettes autour des remparts

Site de Briançon; copie d’écran 17/01/2011

L’acteur municipal cherche aujourd’hui à trouver sa place dans une somme de structures de coopération. À l’échelle nationale, le réseau Vauban offre à Briançon une visibilité nouvelle dans le cadre d’un label à l’ambition universelle. Mais cette dimension tend à survaloriser la situation de terminaison frontalière et à accentuer les représentations de la fermeture. Le patrimoine fortifié offrait pourtant un incontestable potentiel dans la constitution d’un territoire de projet à l’échelle intercommunale voire transfrontalière. Cette option était celle envisagée par le programme «Sentinelles des Alpes» (2000-2006) co-financé par des fonds INTERREG. Or, ce n’est pas la ville de Briançon qui est adhérente à cette structure, mais la communauté de communes... Ce paradoxe institutionnel fragilise la place des fortifications au sein de la conférence des Hautes Vallées tandis que prévaut plus que jamais la logique du pré carré. Le processus de patrimonialisation échoue finalement à conférer à l’appareil fortifié le statut et la fonction de synapse. Et au bout du compte les problèmes diagnostiqués dans l’accessibilité ne sont qu’une expression des discontinuités institutionnelles et spatiales.

Conclusion: l’accessibilité du territoire pour seule validation sociale du label?

Au final, la question de la pertinence territoriale du périmètre défini par la labellisation est primordiale. Par les enjeux qu’il soulève, le Champ de tir, lieu central et stratégique du système issu de la dernière période de fonctionnalité militaire (entraînement et instruction), offre un concentré des conflits d’acteurs et des enjeux abordés dans cet article. Aujourd’hui angle mort, voire non lieu dans le territoire labellisé, le Champ de tir est sans doute une des clés d’une réinvention du système territorial (Reynaud, 1981; Augé 1992). Le terrain appartient toujours au ministère de la Défense, alors que la municipalité est engagée dans l’acquisition des différents éléments de l’ensemble fortifié alentour. Dans le réseau de communication, ce lieu du militaire constituait le principal point nodal commandant le fonctionnement du système. Le processus de patrimonialisation survalorise aujourd’hui les objets «forts». Mais les difficultés liées à leur accessibilité conduisent à une redécouverte des supports de cheminement (sentiers et routes militaires) comme moyens de valorisation. Ne faut-il pas voir là une forme de renoncement, en tout cas un pis-aller, par rapport aux ambitions affichées à l’occasion de la labellisation de l’ensemble? Cela traduit de facto la non-intégration de cet espace comme lieu du quotidien dans les représentations.

Les acteurs politiques en ont pris acte et mettent aujourd’hui l’accent sur la communication autour du thème de l’accessibilité en général. L’objectif plus ou moins affiché consiste à gommer les fragmentations entre l’espace urbanisé et l’espace labellisé. En termes de communication (site Internet, campagnes publicitaires…), il s’agit d’acquérir une visibilité dans un registre nouveau, à l’opposé de l’image de cul-de-sac national. La promotion de l’accès par l’Italie et le Montgenèvre (TGV et autoroute à Oulx), plutôt que par Grenoble et le Lautaret, semble par exemple contredire l’inscription dans un pré carré national tel que le suggère la représentation cartographique du réseau Vauban. Cette nouvelle représentation, parce qu’elle se focalise sur un espace Vauban réduit à la seule Vieille Ville et aux ouvrages contigus, se révèle aussi très sélective et partielle à l’échelle locale. Là réside sans doute une des conséquences de la démarche de la labellisation UNESCO. Loin de réduire les fragmentations territoriales à l’échelle du Briançonnais, elle tend même à les exacerber.

Ainsi, les défauts apparus dans l’appropriation de cette labellisation sont le symptôme d’un manque de cohérence dans le territoire autant qu’ils en aggravent les conséquences. L’accessibilité ne doit donc pas être résumée à une seule lecture structurelle et réticulaire. Elle concerne tout autant le champ des représentations (Bailly, 1986) et celui des actions politiques. Le renouvellement du régime de visibilité est donc une condition majeure dans l’appropriation du classement.

Bibliographie

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Cet article est une réélaboration actualisée et enrichie de deux communications données aux colloques «Estuaires, fleuves et cours d'eau: représentations et pratiques», Rouen 5-6 mai 2010, et «Le rughe e i flussi della Terra, Paesaggi, cartografie e modi del discorso geostorico», Trente, 1-4 décembre 2010.
Archives Familiales Benet, lettre d'É. Reclus à L. Benet, 9 mai 1881.
Bibliothèque de Genève, Ms. Suppl. 119, lettre d'É. Reclus à Ch. Perron, 1 déc. 1895.