N°101

La production d’énergie en Chine

La croissance économique chinoise [1] a été considérable depuis plus d’une quinzaine d’années, mais cette croissance a été gourmande en énergie et en matières premières. La consommation de charbon a été multipliée par deux depuis l’an 2000 et les gisements s’épuisent. L’indépendance énergétique est devenue une préoccupation, liée à la difficulté d’accès aux hydrocarbures: les achats pétroliers à l’étranger, qui ne couvraient que 30% de la consommation en 2000 (Guermond, 2007), en représentent maintenant 50%, et les prévisions pour 2030 sont de 80% (Turgot, 2010). Dans ce contexte, la Chine se tourne progressivement vers d’autres sources d’énergie.

1a. La consommation énergétique chinoise (1978-2007). (%) 1b. La consommation énergétique chinoise (1978-2007). (en Mt SCE)

L’accroissement de la consommation énergétique

2. La consommation pétrolière en Chine (1998-2007)

Au cours des trente dernières années, la consommation chinoise d’énergie est passée d’un peu plus de 500 Mt SCE (Standard Coal Equivalent, [2]) en 1978 à plus de 2 500 en 2008. Cet accroissement correspond bien sûr à un accroissement de la consommation de charbon, qui alimente les discours occidentaux, du fait des très grosses réserves (13,6% des réserves prouvées mondiales). La Chine importe même du charbon des pays de l’ASEAN (Association of Southeast Asian Nations), de l’Australie et de Russie. Elle en exporte aussi, par exemple, au Japon et en Corée du Sud. Cependant, bien qu’en accroissement, la proportion d’utilisation du charbon dans la consommation totale diminue très légèrement ces trente dernières années (70,7% en 1978; 69,5% en 2007…).

Cette progression de l’utilisation du charbon a d’abord été un peu ralentie par une moindre progression de l’activité économique dans les années 1997-2001. Elle a repris très fortement depuis 2002, notamment pour la production d’électricité, mais conjointement avec le développement de la consommation pétrolière et des ressources hydrauliques (fig. 1a, 1b).

L’accroissement de la consommation pétrolière n’est pas dû à un accroissement de la production (fig. 2) — celle-ci progressant assez peu — mais à un recours de plus en plus fréquent aux importations.

3a. Usages de l’électricité en Chine

3b. Usages de l’électricité en France et en Chine (2007)

La consommation d’énergie est appelée à poursuivre sa très forte augmentation, car, même si des gains de productivité appréciables sont possibles dans l’industrie, la consommation d’électricité s’accroît inévitablement au fur et à mesure de l’équipement des ménages. La part des ménages est passée de 3% en 1980 à 11% en 2007 (fig. 3a). En comparaison, cette part des ménages est de 31% dans la France de 2007 (fig. 3b). En mai 2006, la compagnie State Grid a lancé un programme qui vise à fournir de l’électricité à tous les foyers chinois dans sa sphère géographique, soit 88% de la superficie de la Chine [3], pour la fin de l’année 2010 [4].

La diversification de la production d’électricité

L’électricité permet une certaine diversification de la production (fig. 4). Bien que le charbon y reste encore largement majoritaire, la part de la production hydraulique, encore faible jusque dans les années 2000, a fortement augmenté depuis 2006, et va se poursuivre encore avec la mise en service du barrage des Trois Gorges. En revanche, la production nucléaire est encore peu développée, en comparaison d’autres pays asiatiques et occidentaux (France 79%, Belgique 55%, Suède 45%, Corée du Sud 37%, Japon 28%, Allemagne 27%, USA 19%, [5]). L’éolien a fait son apparition en 2006 et la production a quasiment doublé chaque année depuis cette date.

4. Modes de production de l’électricité en Chine (1980-2008)

La répartition géographique de la production d’électricité oppose la Chine du Nord et le littoral à la Chine du Sud intérieure. L’essentiel de la production thermo-électrique est localisé soit à proximité des ressources charbonnières, c’est-à-dire dans les provinces du Shānxi, du Shandong, du Henan et de l’Anhui, soit dans les provinces qui importent du charbon par voie maritime des pays de l’ASEAN, etc. C’est le cas du Guangdong et, plus au nord, du Jiangsu (fig. 5).

5. L’électricité thermique (2008)

La production hydroélectrique (fig. 6) est liée à l’existence de sites favorables dans la vallée du Chang Jiang (Hubei et Sichuan), ainsi qu’au Yunnan et au Guangxi, grâce à la fois à la pluviosité et aux fortes dénivellations.

6. L’électricité hydraulique (2008)

La production éolienne n’est bien sûr qu’un appoint, mais elle fait de rapides progrès (13,1 TWH en 2008, tableau 1; 26,9 TWh en 2009). Il faut dire que plusieurs sites géographiques y sont particulièrement favorables (fig. 7): les vents forts (supérieurs à 3 m/s, [6]) sont très fréquents dans le désert de Gobi, en Mongolie extérieure, ainsi que sur les hauts plateaux tibétains. Plus saisonnièrement les vents sont aussi particulièrement forts sur la côte sud-est en période de mousson.

7. Les vents forts

La figure 8 montre que les districts équipés de parcs éoliens sont nombreux sur toute la côte sud-est, et qu’ils sont aussi un grand nombre autour des aires urbaines du nord-est. On voit que, bien entendu, la production de la Mongolie intérieure (Neimenggu) est de loin la plus grande.

8. L’électricité éolienne (2008)

Il est difficile de chiffrer la part de l’énergie solaire, car elle dépend de l’équipement des immeubles. Selon les sources officielles, la Chine compterait 60% de la capacité de chauffage à eau chaude du monde entier. 30 millions de foyers ont des chauffe-eau solaires installés [7].

9. Puissance électrique totale (2008)

On peut résumer la diversification de la production d’électricité par une cartographie plus précise par xian (canton) de la puissance installée (fig. 9) selon les différents modes de production. Rappelons que la puissance installée diffère un peu de la production finale car certaines usines, notamment beaucoup de centrales thermiques, ne tournent pas à plein régime et leur production varie selon les époques de l’année pour s’ajuster à la demande. La carte montre la généralisation de l’implantation géographique des centrales thermiques.

Les échanges interrégionaux d’énergie électrique

Si l’on met en rapport la production d’électricité et la consommation, on voit l’opposition (fig. 10) entre les provinces intérieures, qui sont exportatrices d’énergie électrique et les provinces maritimes, plus densément peuplées et plus développées économiquement (Guangdong, Jiangsu, Shandong, Zhejiang). La corrélation est de 0,918 avec le PIB (fig. 11).

10. Provinces importatrices et exportatrices d’électricité (2008)

La configuration du réseau (fig. 12) explique les échanges d’électricité entre provinces: l’autonomie du Xinjiang et du Tibet, la dépendance en électricité de la région de Beijing vis-à-vis des deux provinces voisines, Neimenggu et Shānxi, celle de Shanghai vis-à-vis du Hubei et de l’Anhui, et de la région de Guangzhou vis-à-vis du Yunnan, du Guizhou et du Guangxi.

L’électricité intermittente (d’origine éolienne) se situe dans les zones où la demande d’électricité est faible et le réseau d’électricité moins développé.

Enjeux et options chinoises

11. Consommation d’électricité par province chinoise
et PIB (2007)

Pour faire face aux besoins en énergie, notamment à l’augmentation de la demande en électricité de la part des ménages et de l’industrie, la première voie suivie par la Chine est l’amélioration du rendement des centrales thermiques, en fonction des abondantes ressources en charbon, par exemple en remplaçant des petites usines vétustes, trop polluantes et peu efficaces par de nouvelles centrales très puissantes, de l’ordre de 1 000 MW par centrale. Onze centrales de ce genre sont en service, et il y en a 19 en cours de construction [8]. En 2007, 553 centrales, d’une puissance totale de 14 380 MW, ont été fermées [9].

La deuxième voie est le développement des autres sources d’énergie. Pour le pétrole, les ressources nationales sont insuffisantes, surtout à cause de la très rapide progression de la demande automobile, pour laquelle la Chine avait un retard considérable sur les pays développés (tableau 2).

L’équipement en centrales hydrauliques, dont le barrage des Trois Gorges est l’élément marquant, sera forcément poursuivi car de nombreuses possibilités existent dans les régions montagneuses du Sud et notamment du Sichuan. L’éolien s’installe surtout dans le Nord du pays et malgré sa part encore minuscule dans l’ensemble de production, la production s’accroît régulièrement.

Dans ce contexte de déficit énergétique, un développement plus poussé du nucléaire semble toutefois inéluctable. Actuellement, la production nucléaire est encore limitée à six implantations en trois sites sur la côte, du sud au nord: Dayawan (Lingao et Dayawan sont deux centrales qui se situent sur le même site électro-nucléaire de Dayawan), Qinshan et Tianwan [10]. C’est cependant une situation qui pourrait rapidement évoluer car onze nouvelles unités de production sont en construction sur sept sites nouveaux ou existants, soit une puissance installée totale d’environ 11 GW [11], et selon certaines analyses (État des lieux 2007 de l’industrie nucléaire dans le Monde- Les Verts au Parlement européen), 30 nouvelles implantations seraient en projet.

12. Réseau haute tension.
Cette carte est la remise en forme d’une carte publiée sur Internet. À considérer avec précautions car Il n’y a pas de date indiquée sur la carte originale). Selon cette source, le réseau de Xinjiang serait séparé de celui du Nord-Ouest. Or selon China electric power yearbook 2009, les deux se seraient regroupés dans un seul réseau de Nord-Ouest.

Bibliographie

GUERMOND Y. (2007). La Chine. Paris: Belin, coll. «Belin memento»,175 p. ISBN: 978-2-7011-3980-7

TURGOT C. (2010). La Chinamérique. Paris: Eyrolles, 281 p. ISBN: 978-2-212-54597-5

Sources

- Bureau d’État des Statistiques
- China Electric Power Research Institute (CEPRI)
- China electric power yearbook 2009. China Electric Power Press, 791 p. ISBN: 978-7-5083-9436-7
- Mémento statistique de l’industrie électrique de la Chine 2009 (Zhongguo dianli gongye tongji kuai bao)
- Centre d'Information du Réseau Électrique Français (2009). Statistiques de l'énergie électrique en France 2008. Paris: RTE-CIREF, 30 p. (consulter)
- US. Energy Information Administration, International Energy Statistics. (consulter)

Sur le taux de couverture de l’électricité: deux articles en chinois du Quotidien du peuple

http://nc.people.com.cn/GB/61937/75960/75961/5171153.html

http://nc.people.com.cn/GB/61937/75960/75965/5170814.html

Sur le solaire: «Kunming Heats Up as China’s 'Solar City'», World Watch Institute, 5 juin 2007 (dernière consultation le 20 octobre 2010).

Sur l’automobile: «L’eldorado chinois de l’automobile», RFI, 17 oct 2010 (consulter)

Toutes les données statistiques utilisées dans ce texte concernent uniquement la Chine continentale.
La Chine convertit ses statistiques sur l’énergie en TCE (Tons Coal Equivalent). 1 TCE = 0,675 TOE (Ton Oil Equivalent). Pour plus d’informations.
En Chine du Sud (Guangdong, Guangxi, Yunnan, Guizhou, Hainan) la distribution d’électricité dépend d’une autre entreprise d’État, la China Southern Power Grid.
Consultez les adresses suivantes : http://nc.people.com.cn/GB/61937/75960/75961/5171153.html ou http://nc.people.com.cn/GB/61937/75960/75965/5170814.html
US. Energy Information Administration. International Energy Statistics.
Pour démarrer, une éolienne a besoin d’une vitesse de vent minimale, de l’ordre de 10-15 km/h, soit environ 3-4 m/s.
World Watch Institute (5 juin 2007) Kunming Heats Up as China’s “Solar City”.
China electric power yearbook 2009, p. 57
China electric power yearbook 2009, p. 685
China electric power yearbook 2009, p. 704
China electric power yearbook 2009, p. 64